Comment fonctionne l’IA aujourd’hui ?
Aujourd’hui l’IA fonctionne via des techniques de multiplications de matrices. Ces calculs relativement lourds sont effectués par ce que l’on nomme GPU ou TPU. Ces derniers permettent de calculer des quantités astronomiques de données, mais possèdent des désavantages cruciaux dans leur mode de fonctionnement. En effet, transporter les électrons des puces de mémoire vers les unités de calcul consomme énormément de temps et d’énergie. Plus de 80 % de l’énergie d’un GPU moderne est consommée par le simple déplacement des données, et non par le calcul lui-même.
Comme tu l’as certainement compris, nous arrivons peu à peu à des limites physiques pour ce type de fonctionnement, par transport d’électrons de mémoire à centre de calcul.
Comment fonctionne l’IA photonique ?
Afin de remédier à ce goulot d’étranglement, plusieurs entreprises et chercheurs ont mis au point une nouvelle méthode afin de réduire les temps de calculs, mais aussi et surtout la consommation d’énergie. Plusieurs composantes essentielles doivent être maîtrisées afin d’en arriver là.
Premièrement, les Interféromètres de Mach-Zehnder. C’est la brique élémentaire d’une puce photonique pour traiter les matrices. On divise un faisceau laser, on ajuste la phase sur un bras (représentant le poids mathématique), puis on fusionne. La lumière finale traduit physiquement l’opération de multiplication-addition. En assemblant des centaines de MZI, on crée un réseau capable de calculs matriciels 100 % optiques.
Et puis le Multiplexage en longueur d’onde (WDM - Wavelength Division Multiplexing) : L’optique autorise le passage de multiples fréquences (couleurs) via un guide d’onde unique sans collision. Cela permet d’injecter des dizaines de flux de données en parallèle, boostant radicalement la bande passante sans impacter l’encombrement physique du composant.
Quelles sont les différences et avantages ?
| Caractéristique | IA Électronique (Silicium classique) | IA Photonique (Optique) |
|---|---|---|
| Nature du signal | Numérique (Discret, binaire 0 / 1) | Analogique (Continu, basé sur l'amplitude/phase de la lumière) |
| Vitesse de calcul | Limitée par la fréquence d'horloge des transistors (quelques GHz) | Vitesse de la lumière à travers le composant (latence ultra-basse, sub-nanoseconde) |
| Consommation énergétique | Très élevée (Dissipation thermique par effet Joule lors du déplacement des électrons) | Quasi-nulle pour le calcul lui-même (calcul passif). La consommation vient des lasers et des convertisseurs. |
| Précision | Très haute et exacte (FP32, FP16, INT8) | Limitée par le bruit optique et la conversion analogique-numérique (équivalent à INT4 à INT8 actuellement) |
| Densité de calcul | Limitée par la miniaturisation des transistors (limite physique des 2nm-3nm) | Très élevée grâce au multiplexage par couleur (WDM), mais les composants de guidage de lumière restent plus larges que les transistors. |
Quelles entreprises sont précurseurs dans ce domaine ?
| Catégorie | Entreprise | Rôle / Spécificité |
|---|---|---|
| Pure Players & Small Caps | POET Technologies (POET) | Interposeur optique hybride ; fusion électronique-photonique. Risque de cash burn. |
| Pure Players & Small Caps | Applied Optoelectronics (AAOI) | Experts des transceivers ultra-rapides ; liés aux cycles des Hyperscalers. |
| Infrastructure & Lasers | Lumentum (LITE) | Leader des lasers haute performance ; aide à briser le goulot d'étranglement. |
| Infrastructure & Lasers | Coherent (COHR) | Fournisseur de matériaux et composants critiques ; indicateur avancé du secteur. |
| Large Caps | Broadcom (AVGO) | Roi du silicium réseau ; R&D sur le Co-Packaged Optics. |
| Large Caps | Corning (GLW) | Fournisseur de fibre et verre spéciaux pour l'interconnexion. |
| Large Caps | Cisco (CSCO) | Croissance externe (Acacia, Luxtera) pour la photonique sur silicium dans les commutateurs. |
Quel risque et point de rupture à surveiller ?
Afin d’esquiver des drawdowns violents au sein de ce marché en pleine bascule, il est impératif de surveiller plusieurs variables de risques macro-technologiques :
Le pivot CPO (Co-Packaged Optics) : Historiquement, le signal quitte le GPU via du cuivre pour atteindre un Pluggable Transceiver en périphérie. Le vrai game changer, c’est le CPO : intégrer l’optique directement sur le substrat de calcul. Ceux qui rateront ce virage de l’hyper-intégration perdront toute pertinence commerciale.
Le rendement industriel (Yield Rates) : Si le silicium standard est ultra-mature (99 % de réussite), coupler des lasers InP sur des puces photoniques est un enfer d’ingénierie. Un Yield médiocre plombe immédiatement les marges et la viabilité financière des acteurs du secteur.
Le verrou ADC/DAC : Passer de la lumière (analogique) aux électrons (numérique) via des convertisseurs énergivores reste le point faible majeur. Une rupture technologique sur ce maillon précis pourrait disqualifier les architectures optiques actuelles du jour au lendemain.
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Léo Lombardini
Trader, Économie & Quant
Passionné d'analyse des marchés et de modélisation statistique, Léo supervise l'allocation stratégique du portefeuille modèle et le développement des frameworks quantitatifs d'Horacle Capital, ainsi que la rédaction d'articles hebdomadaires.
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